Citations

« Les couleurs dans la peinture sont semblables à des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. »

Nicolas Poussin, cité par Bellori

« L’idée de beauté ne descend dans la matière qu’elle n’y soit préparée le plus possible. Cette préparation consiste en trois choses : l’ordre, le mode et l’espèce ou forme. L’ordre signifie l’intervalle des parties, le mode est relatif à la quantité, la forme consiste dans les lignes et couleurs. L’ordre ne suffit, ni l’intervalle des parties, ni ne suffit que tous les membres du corps aient leur place naturelle, si ne s’y joint le mode qui donne à chaque membre la grandeur qui lui est due, proportionnellement au corps, et si n’y concourt l’espère, en telle sorte que les lignes soient faites avec grâce, et dans un suave accord de lumières et d’ombres s’avoisinant. Et de tout cela appert-il manifestement que la beauté est éloignée de la matière du corps, de laquelle elle ne s’approche, si elle n’y est disposée par des préparations incorporelles. Et ainsi peut-on conclure que la peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles, et que si elle montre les corps elle en représente seulement l’ordre, et le mode selon lequel les choses se composent, et qu’elle est plus attentive à l’idée du beau qu’à toute autre. Et de là quelques-uns ont voulu que cette idée fût la seule marque et, on peut dire, le but de tous les bons peintres, et que la peinture fût l’amante de la beauté et la reine de l’art. »

Nicolas Poussin, cité par Bellori

« Nicolas Poussin pensait que la vertu et la sagesse pouvaient être transmises à l’humanité par la peinture. Toute son oeuvre, en particulier celle des dernières années, illustre cette conviction. Pourtant, sa peinture ne s’ouvre pas facilement au regard. Hormis dans quelques admirables dessins, elle ne révèle pas tel ou tel pan de nature, mais développe des thèmes dans un registre sublime qui par définition ne peuvent être dérivés de modèles sensibles : pas de paysages, sinon héroïques, ni de natures mortes dans son oeuvre. Malgré ses dires, et au contraire de Velázquez, la délectation n’est pas son but. »

Avigdor Arikha (1929), réflexion sur Poussin

« Imaginez Poussin refait entièrement sur nature, voilà le classique que j’entends. Ce que je n’admets pas, c’est le classique qui vous borne. Je veux que la fréquentation d’un maître me rende à moi-même; toutes les fois que je sors de chez Poussin, je sais mieux qui je suis. »

Paul Cézanne (1839-1906)

« M. Le Poussin a voulu figurer par le mouvement des parties d’en haut du visage la douceur et la tranquilité dont jouissent ceux qui sont dans l’état parfait de la grâce, et par les parties d’en bas le mépris et l’aversion qu’ils ont pour les choses du monde. »

Charles Le Brun (1619-1690), à propos du tableau « le ravissement de saint Paul » de 1649-1650 au Louvre

« Poussin a placé la barre très haut; on ne pénètre pas aisément dans son monde. S’il demeure l’artiste favori de bien des peintres et des historiens d’art, si son prestige auprès des amateurs est immense, il n’en demeure pas moins difficilement compréhensible pour un large public. On ne peut regarder rapidement ses tableaux ; il convient de faire un effort et cet effort nécessite du temps. »

Pierre Rosenberg, entretien avec Connaissance des Arts au moment de l’exposition de 1994 au Grand Palais à Paris

« Le Louvre est riche en Poussin. Il ne compte pas moins de 39 toiles de ce maître austère, laborieux et fécond, qu’on pourrait définir le philosophe de la peinture. Toutes ses compositions sont marquées au sceau du bon sens, de la rectitude et de la volonté. Si l’oeil n’est pas toujours satisfait de ses tableaux, le raisonnement n’a jamais rien à y reprendre. »

Théophile Gautier (1811-1872), Le musée du Louvre

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